Les précurseurs de l’AAT (ou thérapie assistée par l’animal)
Le premier exemple significatif d’une utilisation volontaire de l’animal au profit de la santé psychique ou physique de l’animal remonterait au IXe siècle, dans la ville de Gheel en Belgique. Il s’agissait alors de confier la garde d’oiseaux à certains malades pendant leur convalescence.
C’est à la fin du XVIIIe siècle, à la York Retreat, institution anglaise pour malades mentaux, fondée par William Tuke qu’a été établi ce que l’on considère comme la première pratique thérapeutique environnementale utilisant les animaux et le contact avec la nature. William Tuke y enseignait aux malades mentaux à prendre soin des petits animaux (poules, lapins). Selon lui, ça rendait confiance aux patients et les encourageait à des attitudes plus contrôlées et plus responsables.
Une expérience similaire fut réalisée moins d’un siècle plus tard, en 1867 à l’institut Bethel, fondé à Bielefeld en Allemagne. Dans ce centre, les programmes courants comprenaient des activités à la ferme, en centre équestre, avec des chiens, des chats, des oiseaux en cage. Ces programmes furent menés dans un premier temps pour des épileptiques, puis pour des gens souffrant d’une vaste gamme de troubles physiques et mentaux. Ce centre existe toujours aujourd’hui.
Dans la première moitié du XXème siècle, il y eut d’autres tentatives pour développer de tels programmes. En 1901, à l’hôpital orthopédique de Oswestry, au Royaume Uni, des chevaux furent utilisés pour promener les patients.
A l’hôpital militaire de l’armée de l’air de Pawling (état de New York), dans les années 40, des promenades à cheval ou des soins à des animaux de ferme et de basse cour étaient parfois préconisés pour remonter le moral des blessés.
Aux Etats-Unis, l’expérience développée à Green Chimneys par le Dr Samuel B. Ross est devenue une référence et a acquis une renommée internationale. A sa création, en 1947, il s’agissait d’intégrer au sein de programmes éducatifs, un contact entre des jeunes souffrant de graves troubles émotionnels et des animaux.
Dans les années 50, Boris Levinson, psychologue américain découvrit par hasard le rôle que pouvait avoir un chien de compagnie dans le cadre d’une psychothérapie. L’histoire désormais célèbre entre Jingles son chien et Johnny, un enfant qui refusait tout contact et ne parlait pas, relate cette découverte : Boris Levinson dut recevoir en urgence Johnny et sa maman ; son chien, Jingles,dont la présence n’était par voulue par Levinson était dans la pièce lorsque la porte s’ouvrit : il alla vers l’enfant qui au lieu de reculer répondit par des caresses. A la fin de la séance l’enfant exprima son désir de revenir jouer avec Jingles. Cette relation aboutit à une amélioration de l’état du garçon. De ce jour, B. Levinson testa diverses techniques pour élargir le rôle thérapeutique des animaux. Il a donné naissance à la théorie de la Pet Oriented Child Psychotherapy qui consiste à tirer parti de la propension naturelle au jeu qu’ont en commun l’enfant et l’animal, ce dernier servant aussi de confident à l’enfant et lui permettant de projeter ses sentiments et angoisses. En 1969, il publia son libre « Pet Oriented Child Psychotherapy », où il relate l’ensemble de ses expériences et réflexions.
Parallèlement, un couple de psychiatres américains, Samuel et Elisabeth Corson remarquèrent que la présence animale avait un effet de « catalyseur social ». Ils furent aussi les premiers à utiliser l’animal de compagnie comme moyen de thérapie des malades mentaux.
En France, en 1976, Ange Condoret, vétérinaire français, entreprit des expériences avec des enfants souffrant de problèmes de langage, après être entré en contact avec B. Levinson. Les observations de Condoret se multiplièrent dans les cabinets vétérinaires, les écoles, les hôpitaux psychiatriques… Sur la base de ses observations et travaux de recherche, il définit en 1978 une nouvelle méthode adaptable à chaque enfant : l’IAMP ou Intervention Animale Modulée Précoce. Celle-ci consistait à favoriser chez des enfants de maternelle, qui avaient des troubles de la communication, la communication non verbale (tactile, gestuelle, olfactive…) en les mettant en contact avec des animaux variés, afin de les stimuler, de les rassurer, cela pouvant aboutir à un développement plus rapide de la communication verbale et à des échanges plus aisés avec autrui. Cette méthode permettait aussi la détection précoce de troubles de la communication.
Ses travaux sur l’impact de la présence d’animaux sur le développement des enfants ont ensuite été poursuivis par le professeur Hubert Montagner, psychophysiologue et éthologue, qui souligne aujourd’hui que la vie animale fait émerger ou rend fonctionnelles les compétences fondamentales (compétences socles) qui permettent à l’enfant de poursuivre avec succès son apprentissage de la vie.
Enfin, A. Condoret fonda l’AFIRAC (association française d’information et de recherche sur l’animal de compagnie) qui a pour vocation d’étudier la relation de l’homme avec l’animal familier.
Selon Bernard Belin, les recherches de Condoret n’ont pas eu l’écho favorable escompté dans les milieux médico-psycho-pédagogiques français. Son projet de création d’un centre infantile d’éveil aux communications humaines par l’animal n’aboutit d’ailleurs pas. C’est aux Etats-Unis que ses travaux sur les relations Homme/Animal sont les plus connus et reconnus. Il collabora d’ailleurs à des expériences avec Corson et Corson et avec l’équipe du Dr Katcher, professeur de psychiatrie à l’université de Pennsylvanie.
A. Condoret est néanmoins considéré comme le pionnier de l’AAT en France.
Bibliographie :
- Bernard BELIN Animaux au secours du handicap éditions l’Harmattan, 2000, 244 p
- Patrick BONDUELLE et Hugues JOUBLIN, L’animal de compagnie, Que sais-je ?, Presses universitaires de France, 1996, 128 p.
- Gail MELSON Les animaux dans la vie des enfants éditions Payot, 2002, 324 p.
- Jean Luc VUILLEMENOT La personne âgée et son animal : pour le maintien du lien Collection pratiques du champ social, édition Eres, 1997, 136 p.
Véronique Voisin
le 16/10/2008
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